3 Go par semaine, l’idée de Najat Vallaud-Belkacem pour apaiser notre relation avec internet


Rationner par la loi la consommation de données sur internet pour mieux endiguer les effets néfastes de l’utilisation des écrans connectés. C’est le sens de la tribune publiée par Najat Vallaud-Belkacem. Réaliste ou simpliste ?

Dans une tribune publiée hier dans Le Figaro, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, aujourd’hui directrice de l’ONG ONE et présidente de France Terre d’Asile, fait le constat alarmiste de l’utilisation des écrans connectés — ordinateurs et smartphones.

Najat Vallaud-Belkacem. Crédit : One

Pas simplement pour le temps qu’on leur consacre, mais parce qu’ils sont devenus aussi des véhicules de choix pour la diffusion de propos haineux, de harcèlement chez les plus jeunes et d’autres calamités annoncées comme la désinformation amplifiée par les outils d’IA. Sans parler de l’impact environnemental de l’infrastructure d’internet.

[…] tous les grands sujets, écologie, discrimination, inégalités, harcèlement, éducation, savoirs et cultures, sont liés à internet. Ce dernier y est moins souvent une solution qu’un facteur aggravant.

Najat Vallaud-Belkacem, qui admet volontiers ne pas être la dernière à utiliser son smartphone et fustige aussi l’hypocrisie du personnel politique qui veut encadrer son usage chez les jeunes sans se priver lui-même d’en user et abuser, avance une proposition : rationner la quantité de données mise à disposition des utilisateurs.

[…] rationner Internet ne fera pas disparaître tous les problèmes. Mais la rareté oblige à une certaine sagesse. Si nous savons que nous n’avons que trois gigas à utiliser sur une semaine, nous n’allons sans doute pas les passer à mettre des commentaires haineux ou fabriquer des fakes. Peut-être cesserons-nous de considérer comme «normal» de passer plusieurs heures sur des sites pornographiques à regarder des vidéos en ultra HD.

3 Go par semaine, si l’on considère qu’il s’agit d’une allocation pour son mobile seulement, on est presque dans les clous de la consommation moyenne observée mensuellement en France par l’Arcep, elle était de 14,6 Go à la fin de l’année dernière. Sauf qu’il faudrait ajouter la consommation moyenne d’un foyer sur la ligne fixe elle était de 222 Go.

Qu’importe à la rigueur le chiffre proposé par l’ancienne ministre, qui ne détaille la manière dont elle l’a choisi. Le principe d’un rationnement n’est pas nouveau en soi, tous ceux qui ont connu les débuts du web grand public au milieu des années 1990 se souviennent que l’on avait une restriction sur les volumes de données, comme on en a toujours aujourd’hui sur le mobile. Progressivement cette barrière a disparu au fur et à mesure que l’accès s’est démocratisé, que les contenus ont gagné en variété et en épaisseur.

Plus personne, dans le cadre d’un abonnement internet domestique, n’imagine revenir 30 ans en arrière et regarder chaque matin son compteur de gigas restants comme on s’inquiète de la météo pour la journée. De même que le trait de Najat Vallaud-Belkacem est assez fortement appuyé lorsqu’elle évoque les heures consacrées à des sites pornos en Ultra HD. Est-ce que certains se régalent de ces contenus dans ces proportions ? Très certainement. Il a été déjà démontré que le porno n’attendait plus le nombre des années pour élargir son public. Mais est-ce assez pour en faire une généralité et un argument ?

L’idée d’imposer par la loi une ration de données ouvre la porte à un nombre invraisemblable d’obstacles et de casse-têtes — ce dont Najat Vallaud-Belkacem, ne doute aucunement par ailleurs. Quid des opérateurs qui verraient leurs offres plafonnées et lissées entre elles par le législateur. Quid du volume de DATA à autoriser, comment le calculer ? Quid de la manière dont cette règle devra s’appliquer : à la maison ou en entreprise aussi ? ; à tous ou à certaines catégories d’âge (après tout, un senior peut tout autant déverser sa haine sur Facebook qu’un gamin). Et ce n’est qu’un échantillon.

Sur le fond, le constat de Najat Vallaud-Belkacem est légitime : la dérive des contenus sur les réseaux sociaux, l’exacerbation des comportements, l’addiction qu’entrainent ces apps… Tout parent y est confronté d’une manière ou d’une autre et tout citoyen peut en mesurer les effets dans le débat public et politique. De même qu’il y a du bon sens dans certaines propositions :

Mais nous pouvons aussi, dès maintenant, envisager que bien des activités que nous avons pris l’habitude de faire en ligne, peuvent aussi se faire sans […] On peut se déplacer pour aller poser une question à un collègue, voire bénéficier du fameux effet « machine à café ».

[…] Nombreuses sont les voix qui vont s’élever contre cette proposition, à commencer par la nôtre, par la mienne, au fond de moi, au moment même où j’écris ces lignes. Mais nous avons perdu trop de temps déjà, pour en perdre davantage. Il y a une urgence numérique comme il y a une urgence climatique. Elle ne consiste pas à envoyer dans l’espace des satellites supplémentaires, mais à débrancher la prise, à éteindre nos écrans, et à commencer à revivre, enfin.

Reste que la solution de rationner le groupe pour limiter les dérives d’une minorité agitée, bruyante ou cynique semble à tout le moins simpliste. L’internet n’est pas une autoroute sur laquelle on peut imposer une limite de vitesse, c’est un espace aux multiples usages et applications, qui touche désormais à chaque aspect de notre quotidien et qui évolue sans cesse.

D’évidence, les bonnes solutions pour apaiser les usages qui sont faits de ce réseau n’ont pas produit d’effets notables ou restent à inventer. Mais rationner, bloquer et limiter pourraient tout aussi bien provoquer l’inverse de l’effet recherché.



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