Des troupes européennes en Ukraine? Emmanuel Macron a dégoupillé une grenade (actualisé) : Lignes de défense


flamme.pngLes petites phrases du président Macron, lundi soir, méritent une relecture à l’ambition explicative. Deux phrases en particulier donnent le ton: “La Russie ne peut ni ne doit gagner cette guerre” a-t-il d’abord affirmé, avant de préciser qu’il faut “éviter toute escalade”. C’est ce que l’on appelle maintenir “une ambiguïté stratégique”.

Des ambiguïtés, ses déclarations de lundi soir, lors de la conférence presse de 28mn, n’en manquent pas. Autant tenter de les décrypter.

Un silence notable. Les Etats-Unis ont été les grands absents de cette réunion, même si des officiels US étaient présents (les Etats-Unis étaient représentés par le secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires européennes et eurasiennes Jim O’Brien). Nulle référence à un arrêt durable des aides américaines à Kiev à cause du blocage politique à Washington, nulle référence à l’éventuel désengagement américain d’Europe en cas d’élection de Donald Trump. Rien n’est acté mais les Européens font désormais preuve d’une maturité stratégique (ou du moins l’affichent) en refusant d’être les assistés de l’Oncle Sam.

Des troupes au sol. Lundi, une petite phrase de Robert Fico, Premier ministre de la Slovaquie, aurait dû alerter sur les intentions du président Macron. “Plusieurs États membres de l’Otan et de l’UE envisagent d’envoyer leurs soldats sur le territoire de l’Ukraine sur une base bilatérale”, a ainsi dévoilé le politicien slovaque.
Effectivement, le président français a soulevé la question de troupes au sol. “Tout a été évoqué ce soir de manière très libre et directe. Il n’y a pas de consensus aujourd’hui pour envoyer de manière officielle, assumer et endosser des troupes au sol. Mais en dynamique, rien ne doit être exclu.”
Pas de consensus donc du côté des Européens! Et du côté de la France? Une embrouille rhétorique plutôt: “Je n’ai absolument pas dit que la France n’était pas favorable (à l’envoi de troupes, ndlr)”, a lâché le Président. Nous voilà bien avancés! Mais l’intention est là.
On s’en doute, l’idée n’est pas du goût de Moscou: le Kremlin a averti ce mardi que l’envoi par les pays européens membres de l’Otan de troupes en Ukraine conduirait à un conflit “inéluctable” entre la Russie et l’organisation transatlantique.

Cinq points de consensus. Lors de la conférence de presse, cinq points ont été énumérés par Emmanuel Macron, sur lesquels il y a un “consensus” entre les participants après une “discussion très stratégique et prospective”:
1) le cyberdéfensif,
2) la coproduction d’armements, de capacités militaires, de munitions en Ukraine,
3) la défense de pays menacés directement par l’offensive russe comme la Moldavie,
4) la capacité de soutenir l’Ukraine à sa frontière avec la Biélorussie avec des forces non militaires, 
5) les opérations de déminage.

“Certaines de ces actions pourraient nécessiter une présence sur le territoire ukrainien sans franchir le seuil de belligérance”, a précisé le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, mardi après-midi, dans une forme de rétropédalage après les paroles présidentielles. 

Clarifier sous dix jours
Les pays présents à l’Elysée doivent maintenant se retrouver autour des ministres français de la Défense et des Affaires étrangères pour “décliner opérationnellement” ces initiatives.  “Dans dix jours, nous aurons une réponse claire avec un agenda sérieux”, a promis Emmanuel Macron. Effectivement, des réponses “claires” sont attendues sur la coproduction d’armements, la défense de pays menacés par les Russes et surtout sur ces “forces non militaires” déployées à la frontière entre l’Ukraine et la Biélorussie…

Toutes les initiatives qui découlent de ces cinq points laissent présager un déploiement effectif de personnels militaires (ou non: salariés d’équipementiers, contractuels de sociétés militaires privés etc.) sur le théâtre est-européen. Le ministère français des Armées a déjà confirmé “l’envoi de conseillers de défense en Arménie”.



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