Isabelle Saporta, la PDG de Fayard, bientôt licenciée de la maison d’édition


La maison mère Hachette Livre souhaite que la marque Fayard puisse être partagée avec les éditions Mazarine, confiées à Lise Boëll, connue pour être derrière la transformation d’Eric Zemmour en essayiste à succès. Ce à quoi s’oppose Isabelle Saporta.

Crise ouverte dans l’une des plus anciennes maisons d’édition: la PDG de Fayard Isabelle Saporta, en désaccord avec la récupération de la marque au profit d’une éditrice marquée très à droite, va être licenciée par Hachette Livre, dans le giron de Vincent Bolloré.

Les deux parties sont en conflit depuis plusieurs semaines au sujet de la marque Fayard, dont Isabelle Saporta est à la tête depuis juin 2022. La maison mère Hachette Livre souhaite que la marque Fayard puisse être partagée avec les éditions Mazarine, confiées à Lise Boëll, connue pour être derrière la transformation d’Eric Zemmour en essayiste à succès.

Ce à quoi s’oppose Isabelle Saporta. Elle a été reçue vendredi 8 mars par Stéphanie Ferran, directrice générale déléguée d’Hachette Livre, pour parapher un accord de licence au profit de Mazarine, sans contrôle éditorial, alors qu’elle avait proposé des solutions alternatives.

Il est projeté par exemple par Hachette que la marque Fayard soit apposée sur les livres de Mazarine, d’après des informations de presse. Sans surprise, Isabelle Saporta a été convoquée à un entretien de licenciement le 20 mars, a indiqué une source interne, confirmant une information du magazine Télérama.

Soutien des salariés

Filiale de Lagardère, dont le groupe Vivendi du milliardaire conservateur Vincent Bolloré a pris le contrôle en novembre, Hachette Livre n’était pas joignable vendredi soir.

La direction de Fayard estime que la ligne politique d’auteurs que Mazarine compte faire venir, grâce à sa nouvelle dirigeante Lise Boëll va nuire à son image. Selon L’Obs, l’un de ces auteurs est le président du RN Jordan Bardella.

Les salariés de Fayard, dans le conflit, ont pris fait et cause pour leur direction, dans un courrier adressé jeudi au PDG d’Hachette Livre Arnaud Lagardère et à Stéphanie Ferran.

“Les incertitudes quant à l’avenir des marques Fayard et Mazarine et à celui de notre PDG ont déjà des effets très concrets sur notre quotidien dans l’entreprise et sur nos relations avec nos partenaires extérieurs, notamment les auteurs”, ont-ils écrit dans ce courrier dont l’Agence France-Presse (AFP) s’est procuré copie.

Ils réclament “l’entière séparation des marques Fayard et Mazarine”. La lettre a été “signée par la majorité” des 42 salariés de l’entreprise, d’après une autre source interne.

“Ligne idéologique”

Après son arrivée à la tête de Fayard, Isabelle Saporta, 48 ans, avait dû largement renouveler ses équipes. De nombreux salariés, ainsi que plusieurs auteurs, étaient en effet partis avec la précédente dirigeante Sophie de Closets. Ils craignaient eux-mêmes le manque d’indépendance de Mme Saporta.

La nomination de Lise Boëll, 57 ans, comme directrice générale des éditions Mazarine a été annoncée le 22 février par Hachette Livre. Hachette Livre avait précisé que Mazarine et Fayard seraient désormais indépendantes, après avoir été liées pendant 45 ans.

Selon des sources internes à Fayard, Vincent Bolloré souhaitait dans un premier temps faire embaucher Lise Boëll chez Fayard. Mais ce projet avait rencontré une forte réprobation au sein de cette maison, depuis la PDG jusqu’aux salariés, syndicats et auteurs.

“Au moment où on s’interroge sur la diversité au sein des médias de Vincent Bolloré, il donne un exemple de la manière dont il compte imposer sa ligne idéologique”, commentait fin février une autre source au sein de Fayard.

Vincent Bolloré reproduit là ce qu’il avait déjà mis en place dans un groupe d’édition rival qu’il détenait jusque fin 2023, le numéro deux français Editis. Quand Lise Boëll avait quitté Albin Michel fin 2021 après 24 ans de carrière, il avait sauté sur l’occasion pour l’embaucher. Il l’avait nommée à la tête de Plon.

Selon les sources internes, Hachette Livre compte installer les locaux de Mazarine à Paris rue d’Assas, comme Plon à l’époque. Et Lise Boëll prévoit de s’entourer de plusieurs collaborateurs passés par Plon, pour attirer les mêmes auteurs, dont Philippe de Villiers ou Stéphane Bern.



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