Kate Winslet en autocrate parano dans une dystopie signée par un ancien de « Succession »


Elena Vernham (Kate Winslet), dans la série « The Regime », créée par Will Tracy.

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Cela pourrait être l’Autriche-Hongrie – c’est d’ailleurs en Autriche que la série a été en partie filmée – ou n’importe quelle ancienne démocratie populaire de l’Est. Cela pourrait être Poutine, Trump, Bolsonaro ou un autre de ces autocrates sans surmoi caractéristiques de l’époque, qui prospèrent sur la bouillie complotiste déversée par des médias et des réseaux sociaux aux ordres.

Cela pourrait aussi être un croisement entre Succession et The Crown (on trouve d’ailleurs au générique des vétérans des deux séries), entre Le Dictateur (Charlie Chaplin, 1940) et Don’t Look Up. Déni cosmique (Adam McKay, 2021), avec en bonus un hommage involontaire au Père Noël est une ordure (Jean-Marie Poiré, 1982) – sur ce point, il faut nous croire sur parole, vous ne le regretterez pas. C’est un peu tout cela à la fois, et les coutures de la série créée par Will Tracy pour HBO craquent sous la pression du riche matériau et des nombreuses références dans lesquels The Regime va puiser.

La série a pour centre névralgique un palais rococo d’où une pétulante chancelière, affublée d’un défaut d’élocution et d’un caractère impossible, exerce une joyeuse tyrannie. Hypocondriaque et paranoïaque, taraudée par les symptômes d’une préménopause dont elle fait grand cas, Elena Vernham est une grande enfant capricieuse qui fait ce qu’elle veut de son mari (Guillaume Gallienne, élégant dans un rôle pas facile), materne un fils qui n’est pas le sien et insulte le cadavre de son père, mis sous cloche au palais, chaque fois que quelque chose la contrarie.

Dictature fictive d’Europe centrale

La série débute alors que des soulèvements populaires agitent une province ouvrière misérable de cette dictature fictive d’Europe centrale, et que les Etats-Unis manifestent avec insistance leur intérêt pour la seule richesse du pays, le cobalt. Mais ce qui préoccupe la chancelière, c’est surtout la moisissure. Obsédée par le taux d’humidité du palais, elle embauche un soldat renégat, le caporal Zubak, pour la suivre partout et s’assurer que l’air est suffisamment sec. S’ensuivent une liaison raspoutinienne et un dérèglement de la politique du palais aux conséquences potentiellement dramatiques pour la cheffe d’Etat.

Matthias Schoenaerts a beau payer de sa personne dans le rôle de Zubak, cette alliance ne prendra jamais vraiment, et malgré la folie contagieuse de tout ce petit monde et la réalisation virevoltante de Stephen Frears et Jessica Hobbs, les premiers épisodes de The Regime cafouillent entre toutes les directions que son écriture, très dense, propose.

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