le dirigeant de droite modérée Luis Montenegro nommé Premier ministre


Lisbonne, Portugal | AFP | jeudi 21/03/2024 – Le dirigeant de droite modérée Luis Montenegro a été nommé jeudi au poste de Premier ministre du Portugal mais, en raison de sa courte victoire aux législatives du 10 mars, devra former un gouvernement minoritaire et composer avec une extrême droite en nette progression.

Cet avocat de formation et parlementaire chevronné de 51 ans succèdera ainsi au socialiste Antonio Costa, au pouvoir depuis fin 2015.

Le candidat de l’Alliance démocratique (AD) a été invité à former le nouveau gouvernement par le président de la République, le conservateur Marcelo Rebelo de Sousa, lors d’une rencontre qui s’est tenue après minuit dans la nuit de mercredi à jeudi, car il a fallu attendre le dépouillement des derniers bulletins des circonscriptions de l’étranger.

M. Montenegro dévoilera la composition de son gouvernement jeudi prochain, et celui-ci entrera en fonctions le 2 avril, a-t-il dit à la presse à l’issue de cette audience.

Selon les résultats complets du scrutin d’il y a dix jours, l’AD a remporté les élections d’une très courte avance sur le Parti socialiste (PS).

La formation de Luis Montenegro a recueilli 28,8% des suffrages et 80 députés sur un total de 230. Elle restera donc loin du seuil de 116 élus synonyme de majorité absolue, mais il s’était déjà dit prêt à former un gouvernement minoritaire.

Poussée de l’extrême droite 

“Il n’y a aucune raison interne ou externe de douter de notre capacité à avoir un gouvernement stable”, a-t-il dit jeudi matin après s’être entretenu avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à Bruxelles, où il s’est rendu pour participer à une réunion du Parti Populaire Européen (PPE).

Son exécutif “dispose de la confiance des électeurs”, a-t-il fait valoir.

“Et il dispose aussi de ce qui est requis à tous les acteurs politiques, y compris ceux qui sont aujourd’hui dans l’opposition, c’est à dire du sens de la responsabilité”, a-t-il ajouté, répétant qu'”il n’y a aucune raison de mettre en cause la stabilité du pays”.

Surpris par la démission du Premier ministre sortant Antonio Costa, qui n’a pas brigué de nouveau mandat après avoir été cité dans une enquête pour trafic d’influence, le PS a terminé deuxième avec 28% des voix et 78 sièges.

Le parti d’extrême droite Chega (Assez) a pour sa part clairement renforcé son statut de troisième force politique du pays, en passant de 12 à 50 députés, avec un score de 18,1%.

Le président de Chega, André Ventura, a réaffirmé lundi sa volonté de parvenir à un accord avec la droite modérée pour former une majorité stable, sans forcément entrer au gouvernement, tout en menaçant de lui faire opposition si elle refusait d’ouvrir des négociations.

“Condamné à la négociation” 

Luis Montenegro a cependant répété après sa victoire électorale qu’il refuserait de diriger le pays avec le soutien de l’extrême droite, comme il l’avait fait tout au long de la campagne.

Le nouveau patron du Parti socialiste, Pedro Nuno Santos, s’est dit mardi prêt à voter un rectificatif budgétaire pour augmenter les rémunérations des enseignants, des policiers, des soignants et des greffiers.

Il a toutefois prévenu qu’un vote favorable des socialistes au sujet du budget de l’Etat pour 2025 était “pratiquement impossible”.

Au Portugal, l’exécutif n’a pas besoin d’un vote au Parlement pour entrer en fonctions. L’échéance budgétaire de l’automne apparaît donc comme la première épreuve du feu pour le nouveau Premier ministre.

“Ce sera toujours un gouvernement condamné à la négociation, car tel est le sort des gouvernements minoritaires”, a commenté pour l’AFP le politologue Antonio Costa Pinto.

Mais cet exécutif ne sera “pas nécessairement” instable, car “aucun des acteurs n’a intérêt à déclencher une crise” à court terme, a précisé cet analyste de l’Institut des sciences sociales de l’Université de Lisbonne (ICS).

En cas d’impasse, le président Marcelo Rebelo de Sousa sera appelé à jouer un rôle de médiateur, d’autant qu’il ne peut pas dissoudre à nouveau le Parlement avant un délai de six mois.



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