L’édito de Fabrice Grosfilley : le syndrome de Rio


Dans son édito de ce mardi 19 mars, Fabrice Grosfilley revient sur les records de température à Rio.

La plage, un air de samba, les buildings en bord de mer, les favelas sur les hauteurs, la statue de Jésus-Christ qui domine la baie. C’est l’image de carte postale que nous avons de Rio de Janeiro, la deuxième ville du Brésil. Depuis quelques jours, cette image prend des allures de fournaise. Une canicule d’une ampleur sans précédent frappe la ville et fait craindre le pire. La température réelle dépasse les 42 degrés Celsius, la température ressentie, elle, a atteint 60 degrés samedi, 62,3 degrés dimanche. Pour rappel : la température ressentie se calcule à partir du relevé classique, mais établit la sensation de chaleur sur les personnes en incluant l’effet du vent, l’humidité dans l’air et le rayonnement du soleil. 32 degrés de température ressentie, c’est évidemment un record : jamais Rio de Janeiro n’avait enregistré de tels niveaux depuis qu’on a commencé à effectuer ce type de calcul en 2014. La municipalité a lancé un appel à la population pour lui demander d’éviter de s’exposer au soleil et lui recommande de s’hydrater.

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Rio de Janeiro, ce n’est pas n’importe quelle ville. Avec six millions d’habitants, elle reste la vitrine touristique du Brésil, même si Sao Paulo compte deux fois plus d’habitants et que la capitale politique est désormais à Brasília. Comme souvent au Brésil, les hyper riches et des hyper pauvres coexistent à quelques centaines de mètres les uns des autres. Sur les hauteurs et à l’ouest de la ville, les quartiers pauvres, excentrés et mal desservis, où vit plus de 40% de la population. C’est là que les températures les plus élevées ont été enregistrées ces derniers jours. Les habitants ont donc quitté ces quartiers en masse et se sont rapprochés de la mer ou des parcs. Mais même dans le quartier du jardin botanique, plus au sud, privilégié avec sa nombreuse végétation, la température ressentie est montée à 57,7°C dimanche.

Emblématiques de Rio, les plages d’Ipanema et Copacabana étaient donc noires de monde : gagner la mer, le premier réflexe des Cariocas, les habitants de Rio, qui ont donc tenté de rejoindre la côte provoquant des embouteillages monstres aux portes de la ville, jusqu’à former une file de 20 kilomètres de voitures, selon les médias locaux.

Rio suffoque, Sao Paulo n’est pas beaucoup mieux lotie avec une température réelle de 34,7°C, alors que, dans le sud du Brésil, c’est au contraire la pluie qui menace. Des précipitations extrêmes devraient avoir lieu dans les prochains jours, ont mis en garde les autorités. La semaine sera à risque élevé de fortes pluies et d’orages avec des pluies torrentielles. Certaines localités de l’État du Rio Grande do Sul enregistrent déjà des volumes de précipitations exceptionnellement élevés où l’on peut voir des images de rues inondées et d’autobus à moitié dans l’eau.

Les experts attribuent ces phénomènes extrêmes et l’instabilité météorologique au changement climatique et au phénomène El Niño qui touche le cône sud de l’Amérique latine. Ce réchauffement climatique est déjà de 1,2 degré par rapport à l’ère préindustrielle. Il sera de 1,5 degré dans quelques années et nous sommes en route pour les 2 degrés. Il y aura de par le monde d’autres épisodes comparables à ce que connaissent les Cariocas ces jours-ci. Et si Bruxelles n’est pas Rio et ne devrait pas connaitre de températures aussi extrêmes à court terme, cela ne doit pas nous interdire d’y penser.  À Bruxelles, il n’y aura pas de plage d’Ipanema… L’idée de se baigner un jour dans le canal, juste pour se rafraichir et échapper à une vague de forte chaleur, n’est pas la plus enthousiasmante.

Fabrice Grosfilley



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