Mort du primatologue Frans de Waal, le saint des singes – Libération


Le biologiste américano-néerlandais, qui a notamment abordé les rapports entre les sexes, la hiérarchie sociale, la violence, l’inné ou l’acquis et rapporté d’incroyables marques d’intelligence technique ou sociale sur les chimpanzés, est mort jeudi 14 mars à 75 ans.

Le primatologue et biologiste américano-néerlandais Frans de Waal, connu pour ses travaux démontrant que les primates non humains sont dotés eux aussi de capacités réputées humaines, comme l’empathie, est mort jeudi 14 mars à l’âge de 75 ans d’un cancer de l’estomac, a annoncé l’université Emory, aux Etats-Unis, où il enseignait. Il a émigré en 1981 et s’est installé à Atlanta, dans le sud du pays, pour enseigner à Emory jusqu’à sa retraite, en 2019. L’université a d’ailleurs rendu hommage samedi à celui que le Time avait consacré en 2007 comme «l’une des 100 personnes les plus influentes au monde» : «De son livre fondateur en 1982, la Politique du chimpanzé, à celui de 2019, la Dernière Etreinte, De Waal a brisé des préconçus longtemps tenus sur ce que signifiait être un animal et un humain», a-t-elle salué dans un communiqué. A rebrousse-poil de combats souvent idéologiques, Frans de Waal appelait à ne pas choisir entre nature et culture. Profondément humain, le primatologue à l’avant-garde des recherches sur les sentiments chez les animaux ne les a jamais considérés comme des objets mais des sujets d’étude. «On considère [les grands singes] mus avant tout par l’instinct et la biologie, mais on voit aussi chez eux une culture», affirmait le scientifique en 2022.

Dans ce cadre, disait-il également, «le concept de genre est utile, car il met l’accent sur cette interaction entre biologie et culture», sans pour autant négliger la force de la biologie. Son livre Différents, le genre vu par un primatologue, sorti à ce moment-là, a vu le chercheur balayer plusieurs thèmes au cœur des débats qui agitent nos sociétés : les rapports entre les sexes, la hiérarchie sociale, la violence, l’inné ou l’acquis.

«Découverte majeure»

Né en 1948 à Bois-le-Duc aux Pays-Bas, Frans de Waal étudie la zoologie et l’éthologie (étude du comportement des animaux) avant d’obtenir un doctorat en biologie. Sa thèse le voit travailler avec des chimpanzés du zoo d’Arnhem et il fait alors sa première «découverte majeure», souligne Emory : les chimpanzés se réconcilient après une dispute. «Tout a commencé il y a trente ans, racontait en 2010 le primatologue à Libération, quand j’ai découvert un comportement dit de “consolation”, de réconfort, chez les chimpanzés. Après une bagarre, celui qui a perdu est consolé par les autres, ils s’approchent, le prennent dans leurs bras, essaient de le calmer.» Il dira par la suite, lors d’une conférence 2011, que c’est à ce moment-là que son image des humains «commence à changer». Dans une conférence de 2011 à Atlanta, Frans de Waal s’est même fait l’avocat de l’humanité, affirmant qu’il était injuste de dépeindre l’être humain comme «méchant». Et d’assener, plus humain que jamais : «L’humanité est en réalité bien plus coopérative et empathique qu’on ne le pense.»



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