« On a une génération de Bleus incroyable »


Quand on le voit promener son sourire radieux et sa tranquille assurance partout où il passe, de Lens à Clairefontaine, où le JDD l’a rencontré cette semaine, en passant par Lyon ou Marseille où il reviendra avec les Bleus mardi 26 mars (21 h) pour affronter le Chili en match de préparation à l’Euro 2024, difficile d’imaginer que Brice Samba a failli rater la marche du plus haut niveau.

Pourtant, en 2015, prêté par l’OM à Nancy, le colosse de 1,87 m avait trébuché, garnissant la colonne des faits divers pour avoir provoqué un accident de voiture lors d’une soirée trop arrosée. Il reprendra de justesse son envol à Caen (2017-2019), puis en deuxième division anglaise, à Nottingham Forest (2019-2022), qu’il contribuera largement à faire remonter dans l’élite.

Depuis son arrivée à Lens, le fils de Brice Samba Senior – ancien gardien de but professionnel comme lui – semble inarrêtable, guidé par une foi chrétienne qu’il évoque avec autant de simplicité que son histoire tourmentée et sa vision très collective du foot.

Le JDD. En 2022, vous auriez pu rester en Angleterre, dans le championnat le plus prestigieux du monde. Pourquoi être revenu en France, et quelle est la part du RC Lens dans votre réussite actuelle ?

Brice Samba. En toute franchise, ce fut un magnifique choix de ma part et de mon entourage. Ce n’était pas évident ! C’est Lens qui m’a propulsé aux yeux du grand public en France grâce à notre extraordinaire saison dernière [dauphin du PSG en L1, NDLR]. C’est une fierté de représenter les couleurs de ce club historique et d’en être devenu le capitaine, cela récompense le travail invisible au quotidien. À Lens, c’est de l’amour qu’on te donne, du vrai, pas du fake. Les gens te veulent du bien, et ça te donne envie de te transcender.

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​Du Congo-Brazzaville, où vous êtes né, à Évreux, où vous avez grandi en passant par la Côte d’Ivoire, qu’avez-vous appris de vos premières années ?

​Je suis parti très jeune du Congo pour la Côte d’Ivoire, où mon papa jouait au foot. Je suis arrivé en France à l’âge de 6 ans, à Villepinte, en région parisienne, chez ma tante. Ma maman était encore au Congo, ça n’a pas été facile. J’ai vu beaucoup de larmes sur le visage de mes parents, beaucoup de gens souffrir, des choses que l’on ne voit jamais ici. Ce sont des épreuves de la vie qui te forgent, elles ont fait l’homme que je suis aujourd’hui. Elles te font relativiser, te permettent de prendre conscience qu’il faut profiter des jours et des choses.

Vous êtes également très croyant…

C’est le pilier de ma vie. J’en parle peu mais je le montre : en match, quand je me mets à genoux et que je lève les mains vers les cieux, c’est pour remercier Dieu. Je suis chrétien, je crois en Jésus-Christ. Cela me définit avant tout, même avant mes enfants, mon épouse ou ma famille. Le souffle de vie vient de Lui. J’essaie également d’être un bon papa pour mes enfants, de les mener dans cette direction parce que je sais qu’avec la foi, on a la paix du cœur, quelles que soient les circonstances.

​Quel regard portez-vous aujourd’hui sur vos erreurs de jeunesse ?

Celui qui dit qu’il n’a jamais fait de conneries est un grand menteur. Je n’ai rien à cacher, je sais ce que j’ai fait. Cela m’a permis d’avancer, de comprendre que rien n’est donné dans la vie, encore moins si tu ne te comportes pas bien. Le déclic, ce fut l’histoire de Nancy bien sûr, mais surtout le fait de quitter Marseille en 2017. J’étais passé du statut de futur crack du football français à presque plus rien, ça m’avait mis un coup énorme. Plus grand monde ne me voulait malgré mes qualités…

« Je m’estime heureux et très chanceux de faire partie de l’équipe de France »

Vous avez vécu votre première sélection en juin 2023. Comment vivez-vous les différences de fonctionnement et de hiérarchie entre l’équipe de France et Lens ?

Avant les matchs à Lens, je dis toujours : « Les mecs, c’est le groupe qui prime. » Ceux qui jouent le plus doivent tirer les autres vers le haut. Je ne viens pas ici pour dire : « Je vais être numéro un, deux ou trois, prendre la place d’untel… » Je viens dans le groupe France, tout simplement. Je m’estime heureux et très chanceux d’en faire partie. Quand on voit mon parcours, ce n’était pas gagné. Je veux que le groupe France performe. On a une génération incroyable et j’espère qu’on réalisera des très grandes choses.

Justement, les attaquants que vous côtoyez en équipe de France sont parmi les plus talentueux de l’histoire des Bleus…

Il faut dire les termes : je n’en ai pas vu beaucoup, des attaquants comme ça. Quand tu vois Giroud, qui aura bientôt 38 ans, réaliser des prouesses avec le Milan AC dans l’un des championnats les plus difficiles, c’est incroyable. Quand tu prends Kylian (Mbappé), Ousmane (Dembélé), Marcus (Thuram) et j’en oublie plein d’autres, ce sont tous des attaquants de classe mondiale que tout club rêverait d’avoir. J’espère qu’ils nous mèneront aux titres et aux victoires. Je les côtoie au quotidien, ce sont de très bonnes personnes, qui aspirent à tout « ravager » sur leur passage.

Les deux dernières phases finales des Bleus se sont terminées – mal – après des séances de tirs au but. Le débat fait rage entre ceux qui prônent une préparation spéciale et ceux, dont Didier Deschamps, qui estiment que cela ne servirait pas à grand-chose. Vous, le gardien, plutôt agile dans l’exercice, qu’en pensez-vous ?

​Pour moi, ça reste du feeling, il faut sentir où l’attaquant va tirer en regardant son positionnement, son corps. Mais vous savez, un penalty bien tiré par l’attaquant, ça fera toujours but. À 100 % !

Cela voudrait dire qu’il faut que les attaquants les travaillent…

Pour les attaquants, oui, je pense que cela reste un geste technique. Mais comme le coach [Didier Deschamps, NDLR] l’a dit, et je suis d’accord avec lui : à l’entraînement ou en match, ce n’est pas du tout la même chose. Peut-être qu’en travaillant, on aura plus de chance de pouvoir le reproduire. Mais la fragilité psychologique de chacun est imprévisible, certains ressentent davantage la pression que d’autres. Même le fait de tirer en premier ou en cinquième, un pénalty décisif ou pas, ça peut jouer énormément. Nous, gardiens, on n’a rien à perdre dans l’exercice, et c’est peut-être pour ça qu’on est plus à l’aise.

« J’aimerais au moins soulever une petite coupe, ce serait sympa »

Si vous continuez à performer, vous vivrez votre première phase finale avec les Bleus à l’Euro, en Allemagne. Qu’est-ce que ça représenterait pour vous ?

Ce serait un truc de fou ! Vivre une compétition internationale avec la France, ce n’est pas donné à tout le monde. Je croise beaucoup de jeunes à La Gaillette [centre d’entraînement du RC Lens, NDLR], ils nous regardent comme si on était des extraterrestres. C’est une chance, il faut croquer dedans, profiter. J’aimerais au moins soulever une petite coupe, ce serait sympa (sourire).



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