un remake épique dans le Japon féodal qui tombe à pic


John Blackthorne (Cosmo Jarvis) dans la série « Shogun » (2024), créée par Rachel Kondo et Justin Marks.

DISNEY+ – À LA DEMANDE – SÉRIE

Colossal best-seller dans les années 1970, le roman Shogun, du Britannique James Clavell (1921-1994), fut pour beaucoup d’Occidentaux une porte d’entrée dans l’histoire du Japon. Etait-il nécessaire de l’adapter un demi-siècle plus tard, après que le reste du monde a appris à connaître, sans intermédiaire, l’art et la culture japonais, de Yukio Mishima à Hayao Miyazaki ? Contre toute attente, la réponse est oui.

En 1980, l’histoire de John Blackthorne, marin anglais anglican échoué sur les côtes du Japon en un temps où l’empire n’était ouvert qu’aux seuls prêtres catholiques et aux marchands portugais, avait déjà fait l’objet d’une minisérie, avec, dans le rôle du sujet d’Elizabeth Ire devenu samouraï, l’idole du petit écran, Richard Chamberlain. En cet âge d’or de la minisérie à gros budget (voir Racines, en 1977, ou Holocauste, en 1978), cette première adaptation rencontra un immense succès.

La version que proposent Rachel Kondo et Justin Marks rééquilibre le récit : le moteur en est le monde que découvre John Blackthorne plus que l’itinéraire du découvreur, le personnage inspiré d’une figure historique, William Adams, qui contribua à la constitution de la première flotte moderne de l’histoire du Japon. C’est un peu le contrechamp du très beau Silence (2016), de Martin Scorsese, qui mettait en scène le destin, quelques décennies après les événements réinventés dans Shogun, d’un missionnaire dans un Japon en train de se refermer.

Galerie romanesque

Cette fois, c’est par le truchement du regard naïf mais avisé de John Blackthorne − l’acteur américain Cosmo Jarvis se garde bien de reproduire les stéréotypes du héros blanc et civilisateur − que l’on verra se déchirer les voiles qui masquent la réalité du pouvoir, que l’on déchiffrera les hiérarchies, les généalogies qui déterminent les conflits sanglants à l’ère du shogunat.

Yoshi Toranaga (Hiroyuki Sanada) dans la série « Shogun », créée par Rachel Kondo et Justin Marks.

De la manière vigoureuse et un peu désuète de James Clavell, la série a gardé les personnages archétypaux. Le seigneur Toranaga (Hiroyuki Sanada) est un patriarche imposant, aussi retors que courageux, qui se défend sans cesse de vouloir rétablir le shogunat devant ses corégents, sans que personne ne le croie vraiment. Toda Mariko (Anna Sawai), issue d’une famille réprouvée, convertie au catholicisme, parle aussi bien le portugais que le japonais, mais est affligée d’un époux d’une grande noirceur d’âme. Kashigi Yabushige − l’acteur Tadanobu Asano fut jadis le jeune premier de la Nouvelle Vague japonaise, au temps des premiers films de Kiyoshi Kurosawa et de Hirokazu Kore-eda − est un reître sans scrupule, qui change de camp au moins une fois par épisode.

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